Vélopsycho3

Le gravel comme le vtt a ceci de commun avec le cycliste de bitume: s’il n’avance pas, il tombe. C’est une leçon pour la vie entière: qui n’avance pas recule ou échoue. C’est le mouvement qui établit l’équilibre et non l’inverse. C’est bien d’un déséquilibre que vient le mouvement et de ce mouvement naît l’équilibre. Ainsi, c’est en consentant au déséquilibre que nous trouvons notre équilibre. La chute vient du manque de mouvement, de déplacement et d’élan. Ou d’une précipitation, quand la peur de tomber ou d’échouer jette dans le précipice. Rester collé dans son canapé ou ne pas pouvoir y rester tranquillement est être comme un cycliste immobile ou fébrile.

Le gravel, comme le vtt stimule les vertus de la promenade dans la nature. Ce qui est l’expérience de chacun, et qui explique les ruées vers les sites naturels de citadins affamés d’espaces et de verdure, est aussi confirmé par des études statistiques, qui indiquent que la nature soigne le mal de vivre. Que ce soit à pied ou en vélo, la déambulation en pleine nature est antidépressive et revigorante. Vieille émotion enfouie de chasseur cueilleur, de cultivateur ou de nomade, c’est une émotion toute enfantine qui surgit dans l’immersion naturelle, qui nous reconnecte avec notre mémoire intemporelle.

Les grilles hippocampiques de l’orientation spatiale, si nécessaires au chasseur cueilleur pour retrouver son chemin, sont stimulées par la pratique de l’orientation en vélo. Rien de différent ici avec la randonnée et même les déplacements motorisés. Ces cellules hippocampiques sont le Gps

cérébral naturel, qui est activé par le déplacement. La pratique régulière de l’orientation développe l’aptitude à se situer et à trouver le chemin. C’est une aptitude à se situer dans un espace plus vaste, à se détacher de son égo pour le rapporter à plus grand et complexe, c’est entretenir l’aptitude à contextualiser. S’orienter n’est pas qu’une fonction destinée à éviter de se perdre, c’est aussi une invitation à l’intelligence de la complexité et de l’altérité. Chacun peut faire l’expérience consciente que se déplacer et se situer est associé à une intense activité mentale complexe.

Je pense à ces cerveaux nomades d’aujourd’hui, dépendants d’un satellite, perdant peu à peu leur aptitude cérébrale à s’orienter et à se situer dans un espace plus vaste. Dans quelle mesure, la perte de cette fonction cérébrale à sortir d’un égo narcissique pour appréhender la dimension supérieure de se situer et de s’orienter dans plus vaste et plus complexe que soi va-t – elle se transmettre aux générations successives et transformer radicalement notre vie psychique et sociale comme notre citoyenneté et notre spiritualité ? La numérisation et la technologie externalisent de plus en plus de fonctions cérébrales, tandis que les réseaux et les écrans réduisent de plus en plus les capacités de focalisation attentionnelle, de concentration et de réflexion.