Rayons de bicyclette

J’atteins ce moment où l’effort régulier et confortable produit un effet mental vivifiant. Pédalant, je pense à toutes les œuvres qui m’évoquent la bicyclette, à cette culture de la bicyclette qui fait que l’enfant est attiré par celle-ci et que ses parents rêvent de lui apprendre à faire du vélo. Et les
artistes, qui gardent cette merveilleuse capacité à évoquer et solliciter nos traces et nos émois d’enfance, savent faire de la bicyclette une œuvre d’art ou un objet social. Car une bicyclette est bien plus qu’un vélo, et un vélo bien plus qu’une bicyclette, comme la pipe de Magritte est bien plus qu’une pipe.

La bicyclette bleue de Léa Delmas lui permet de franchir la ligne de démarcation pendant
l’occupation allemande. Cette bicyclette est aussi l’outil de toutes les aventures, les franchissements de limites plus intimes, le véhicule d’une révolution intérieure qui abolit les frontières morales, de
classe et de genre de sa famille. La bicyclette est l’outil d’un déplacement mais plus discrètement l’outil de transgressions et de métamorphoses, un symbole de résistance et de libération.

Eric Orsenna a eu le prix Goncourt pour « L’Exposition coloniale ». Il relate ses souvenirs d’enfance et la place des vélos dans les rues de Paris pendant la guerre. « Sous des airs bonasses d’outils conçus pour la promenade, les bicyclettes n’aiment rien tant que la guerre, l’économie de guerre, le silence de la guerre, tout ce qu’impose la guerre, le système D, la condition physique… C’est à cette occasion,
que Gabriel a compris la complicité profonde qui unissait la guerre et la bicyclette « . Son livre évoque un épisode de la guerre coloniale du Vietnam et le rôle des vélos dans la victoire de Ho Chi Min à Dien Bien Phu. Les bicyclettes fabriquées par Peugeot et à St Etienne auraient donné la victoire au général Giap.

Une mélodie joyeuse associée à la voix d’Yves Montand me revient et mon rythme de pédalage épouse le rythme de la chanson. « La Bicyclette » est sortie quand j’avais 10 ans. Je me souviens du vinyle 45 tours et du visage hilare d’Yves Montand sur la pochette. Ecrite par Pierre Barouh, c’est encore une bicyclette associée à l’occupation allemande et à l’amour de Paulette. « Quand on partait de bon matin, quand on partait sur les chemins, à bicyclette. Sur les petits chemins de terre, on a souvent vécu l’enfer. »

L’enfer nous l’avons vécu aujourd’hui. Six rayons ont cassé dans la journée. Deux changés à Castelnaudary et quatre ce soir, veille de Dimanche et Lundi.

« Je m’en allais chercher des oies, du côté de Foulliy les Oies, à bicyclette », ainsi commence la chanson de Bourvil après-guerre. La musique invite à pédaler à l’unisson et ses paroles sont des perles sur le chemin. « Le soleil dardait ses rayons, de bicyclette, A cela j’ai mis un frein, de bicyclette, Sans boussole nous nous guidons, de bicyclette » !

One response to “Rayons de bicyclette”

  1. Ah ça c’est beau !!! tu en connais un rayon

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