
Comment aller de Bordeaux à Québec en vélo sans se mouiller ? Vous donnez votre langue au chat, sans le mouiller ?
Il faut rouler en vélo de Narbonne à Trégastel. S’arrêter deux jours à Toulouse pour une histoire de rayons. Puis ajouter quatre jours jusqu’à Bordeaux. Ensuite, assaisonner de cinq jours de pause familiale. Repartir de Bordeaux vers la citadelle de Blaye. Faire une arrêt pipi au bord d’une mare dans la forêt. Dire bonjour à un couple de cyclistes avec sacoches. Engager la conversation et entendre l’accent « canadien de France »! Dire au revoir à Emmanuel qui repart dans sa maison. Rouler de concert et s’associer pour l’orientation. S’asseoir à la même table en attendant le bac. Et voyager dans l’histoire, la géographie et au Québec.
Ils ont notre âge, ils ont atterri à Toulouse et vont voyager plusieurs mois en France, comme ils ont traversé les Amériques, depuis Montréal jusqu’au Pérou il y a 10 ans. Où vont-ils ? Vers quelle quête pédalent-ils ? Pérou, père-où? « Blague »! Normandie. La patrie des ancêtres de G.! Nous sommes sur le même chemin, celui d’une mémoire de filiation, des origines.
Leur évocation de l’histoire du Québec m’évoque la visite au musée d’Aquitaine. Ils m’apprennent qu’un livre fût écrit sur » les nègres blancs d’Amérique ». Les Québécois francophones, ces canadiens de France, ont une identité de nègres marrons! Ils ont été méprisés, marginalisés, discriminés depuis des générations. J’apprends que les colons français ont eu une démarche opposée aux colons anglo-saxons, qui se sont comportés comme aux États-Unis comme des envahisseurs et des exterminateurs. Les français se seraient associés et même métissés avec les populations autochtones.
La domination n’est pas seulement racialiste, machiste, colonialiste, elle est une répétition qui se perpétue sur une amnésie et une mémoire refoulée et manipulée. La domination anglophone au Canada a vassalisé et humilié les francophones de Québec, de l’Ontario et d’autres populations. Elle fait des Québécois des résistants, amateurs d’Astérix et Obélix, ultime province qui résiste à l’envahisseur !
Nous avons tellement à apprendre des antillais comme des québécois sur la résistance à l’oubli et à l’amnésie et sur les conditions de la liberté !

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