En m’embarquant dans ce périple entre Méditerranée et Manche, e n’imaginais pas le nombre de commentaires et d’œuvres littéraires qui témoignent de cette relation singulière qui lie un humain à son vélo comme autrefois un cavalier et une cavalière à leur cheval.
Les philosophes à bicyclette ne manquent pas et d’ailleurs, comme Mr Jourdain, je pense que tout cycliste philosophe sans le savoir et sans pouvoir en rendre compte. La pratique du vélo aiguise les perceptions de la nature environnante et il n’y pas que les paysages qui défilent, les idées aussi.
Didier Tronchet alias Vasseur est journaliste et auteur de BD. Il est aussi un philosophe à vélo ou un cycliste philosophe. Il a cette merveilleuse phrase : « Tout corps placé sur un vélo voit son regard sur le monde déplacé ». A l’ouverture sur le monde, le cycliste ajoute une ouverture sur son monde intérieur. Il est traversé de sensations, d’intuitions d’idées, de créativité. Sans doute, tous les cyclistes ne prêtent pas attention ni au monde extérieur ni à leur monde intérieur. On peut pédaler comme on roule en voiture ou marche à pied : tête basse, nez dans le guidon et œillères aux yeux. Encore plus aujourd’hui que compteurs, cardio, routeurs captent l’attention et ajoutent le savoir des chiffres au plaisir de la pratique.
Au plaisir des yeux, à la satisfaction de l’effort, à la satiété d’une belle randonnée à vélo, pourquoi négliger le plaisir d’être en pleine conscience avec soi, connecté à cet esprit vivifié, inventif et créatif, à ce dialogue intérieur enfin accessible, loin des brouhahas et des distractions habituels.
Partir en vélo est le meilleur anxiolytique et antidépresseur que je connaisse et j’en connais un bout sur le sujet. C’est comme si la petite reine perfusait par les pieds, les mains et la selle des neurotransmetteurs bienfaisants, tandis que les mouvements de pédalage remuaient cette mixture magique de sérotonine, noradrénaline et ocytocine. Après quelques kilomètres à se dire, qu’est-ce que je fais là, un voile se déchire, une brume tenace se dissipe, une éclaircie nous saisit.
C’est aussi le meilleur stimulant pour réfléchir, penser et décider. Le vélo avance et l’esprit aussi. Je ne compte plus les sorties à vélo, qui m’ont clarifié l’esprit, simplifié un dilemme et rappelé une évidence. Mais de ces fulgurances il ne reste que peu de choses après la douche. C’est comme si, après l’ouverture et les illuminations, l’esprit retrouvait son ordinaire de bipède terre à terre. La descente du vélo signe la fin du feu d’artifice et la reprise en main par le mental. C’est la fin de la fête, la rentrée scolaire, la reprise du travail, fini la récré, la révolution est terminée et sur la représentation le rideau est tombé.

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