Méditation cycliste 3

Au fil du voyage, et particulièrement quand lrs casses matérielles, la fatigue et les douleurs accaparent la conscience, l’esprit ajoute du malheur: regrets, colère, anxiété sont le signe d’un stress qui épuise encore plus. Découragement, fixation sur le kilométrage restant, pensées négatives, Radio Mental ( merci Alexandre Jollien) prend des allures de journal télévisé qui égrène les mauvaises nouvelles. Il est alors bien agréable de porter son attention sur une partie du corps qui est confortable, malgré que le reste du corps soit tendu ou douloureux. Généralement, l’induction de l’autohypnose se fait spontanément par le fait même du pédalage et de la transe induite. Mais quand la fatigue, la douleur ou les pensées négatives envahissent la conscience comme un essaim de guêpes affolées, je m’efforce aussi à focaliser sur cette partie du corps qui ne souffre pas et la bulle mentale qui me protège. Je me concentre sur ses limites. La sensation: fraicheur, chaleur, douceur… La nature; comme du coton, de l’air, du feutre, un liquide, de l’eau, de l’huile, une crème? Concentré sur sa matière, sa couleur, sa nature, les sensations, j’oublie le reste, puis je diffuse doucement cette zone vers la partie juste à côté  et les sensations qu’elle suscite. Et peu à peu, elle entre dans tout mon corps de proche en proche. Comme un air frais qui frôle ou une eau douce qui s’étend en nappe dans la partie du corps qui en a bien besoin. Je peux apprécier, savourer ce confort, qui se diffuse peu à peu dans le corps mais aussi dans l‘enveloppe psychique, dans ma bulle protectrice. Ce confort, cette sensation concrète de bien être dépasse le corps et m’enveloppe d’énergie malgré la fatigue . Un proverbe dit:  »la douleur est inévitable, la souffrance est facultative“. N’ajoutons aucune souffrance à nos douleurs et aux douleurs du monde, telle est notre responsabilité.
Nous sommes en notre esprit comme l’enfant sous la voûte céleste. Nous contemplons et les étoiles et les comètes sans savoir qu’elles sont éteintes, alors même qu’elles nous saisissent. Ainsi nos émotions et nos pensées, ce brouhaha qui nous agite sont ils d’un autre temps déjà révolu alors même qu’elles saisissent notre attention. Il serait aussi vain de les retenir que de vouloir saisir les étoiles filantes. Ce qui est passé est encore là et ce qui est à venir est déjà là, obstruant notre conscience de l’instant.
Nous sommes comme installés au restaurant Le Train Bleu de la Gare de Lyon, dominant la foule des voyageurs. Pouvons nous suivre du regard chaque silhouette, chercher derrière chacune un visage familier à aimer ou une menace à identifier? Nous avons à apprendre à laisser passer la foule de nos pensées et de nos émotions sans nous en préoccuper. Le philosophe stoïcien romain Sénèque suggère d’évacuer les pensées intérieures qui nous perturbent (angoisses, ruminations, projets, souvenirs) pour nous concentrer sur l’instant présent.
« Il y a un parallélisme évident entre le stoïcisme, façon Sénèque, et le bouddhisme, version zen. La philosophie zen s’incarne dans la cérémonie du thé. Selon le grand maître Sen no Rikyû (1522-1591), cela n’a rien de très sorcier, juste « faire bouillir de l’eau, préparer le thé et le boire ». Cette simplicité paraît désarmante. Elle signifie d’abord que savoir se concentrer sur ses gestes simples est le meilleur moyen de faire le vide en soi. Pour agir efficacement, il ne faut faire qu’une seule chose à la fois ». Alexandre Jollien

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